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Peter Sisseck Pingus, tout le monde en parle… Mais rares sont ceux qui ont eu la chance de le déguster.
« Vous souhaitez aussi prendre le GPS ? » me demande avec un sourire un peu malicieux le loueur de voiture. J’hésite quelques secondes, mais devant l’insistance de ce regard rieur, je hoche positivement la tête en lui demandant « Il parle aussi français votre GPS ? » « Oui, et je vais vous le programmer si vous me donnez l’adresse où vous souhaitez vous rendre. » « Dominio de Pingus, 47350 Quintanilla de Onésimo (Valladolid), vous connaissez ? ». Et c’est ainsi que je me retrouve au volant d’une voiture de location catégorie Small à l’aéroport de Madrid, avec un GPS qui me parle somme toute en français, mais qui attend exprès le dernier moment pour me faire prendre la bonne direction. Pas encore gagné ! Sortir de Madrid, en ce jeudi matin, ressemble à un exode de week-end pascal. Me voilà donc partie pour deux heures de route, pour rejoindre le Domaine Pingus et rencontrer son propriétaire et créateur, Peter Sisseck.
Deux heures trente plus tard, après avoir abandonné l’usage du GPS, patienté calmement dans d’interminables embouteillages, j’arrive à Quintanilla de Onésimo : merci cher Peter pour m’avoir guidée si gentiment par téléphone ! Un homme en pantalon kaki et pull bleu marine m’accueille : je n’ai jamais pensé qu’il fallait avoir un look particulier pour faire du vin, mais l’homme en face de moi pourrait sortir tout droit d’un terrain de polo, de golf, voire d’un magazine de mode. « Hi, ravi de vous rencontrer Patricia, suivez-moi, nous irons dans mon bureau, les bâtiments sont neufs, pas encore totalement décorés, minimalistes pour l’instant. »
Pingus, l’homme et le vin
L’histoire du vin Pingus n’est autre que celle de Peter Sisseck : d’ailleurs, Pingus est tout simplement le surnom de Peter. Il était une fois, donc, un jeune œnologue fraîchement diplômé de l’université de Bordeaux qui se retrouve en Espagne pour chercher des vignes. Il en trouve 60 hectares mais dans un état assez déplorable. Plutôt que de les développer avec son oncle et mentor Peter Vinding (un vigneron danois qui transforma la qualité des graves blancs dans les années 80), il choisit de les vendre à une société espagnole. Ce qui constitua les bases de l’Hacienda Monasterio. Peter en devient aussitôt le directeur général. Mais deux ans de mauvaises vendanges ont mis la société espagnole en difficulté financière, ce qui décida Peter à créer sa propre affaire, tout en restant consultant pour l’Hacienda Monasterio.
Désirant faire un vin avec un caractère particulier, il se concentra sur le pur Tinto Fino, une variée locale et proche du Tempranillo, et voulait le faire vieillir uniquement en fûts de chêne. Peter se mit donc en chasse de vieilles vignes. Il finit par en trouver cinq hectares dans le village de La Horra. C’est ainsi que la première cuvée vit le jour en 1995. Avec un si petit vignoble, Peter a pu se consacrer entièrement à la qualité, et avoir une approche plus que perfectionniste. Son vin est biodynamique depuis 2000. Peter ne cesse d’expérimenter, et commença à être connu pour son utilisation à 200 % de nouveau chêne, ce qui signifie qu’après une fermentation « malolactique » dans des nouveaux fûts, le vin est décanté une seconde fois dans un autre nouveau fût de chêne.
Une découverte en Primeur majeur
Mais ce n’est pas cela qui rendit Peter et son vin célèbre dans le monde entier. « J’ai eu d’abord beaucoup de chance. Dès la première année en 1995, le vin était top. Un négociant de Bordeaux spécialisé dans les découvertes de vins aux petits volumes, Jeffrey Davies, goûta le premier tirage, s’enthousiasma et emporta Pingus avec lui à Bordeaux pour le négocier ‘en Primeur’ : le marché bordelais fut tout de suite extrêmement réceptif. J’en pris aussi avec moi un échantillon et le fis goûter à mon oncle Peter, qui était encore au château Landiras à Bordeaux. Adam Brett-Smith, le directeur du célèbre marchand de vins anglais Corney & Barrow (spécialisé en primeurs justement) était là, et trouva aussi le vin exceptionnel » me raconte Peter, alias Pingus. Et c’est ainsi que deux semaines plus tard, la première cuvée de Pingus se retrouva à Londres à la table de Robert Parker. Le verdict tombe aussitôt : Robert Parker est totalement séduit par cette nouvelle découverte, qui ne ressemble à rien de ce qu’il a pu goûter auparavant !
Avec un peu d’audace, Peter évalue rapidement le prix de son vin au niveau d’un second cru de Médoc. Et depuis, les prix n’ont cessé de monter. Aidés sans aucun doute par les notes attribuées par Robert Parker dès la première année : 1995 : 98/100, « a stunningly pure, fabulous, full-bodied wine... » 1999 : 98/100, « spectacular, nearly perfect... » etc… Et des commentaires de Big Bob : « One of the greatest red wines I have ever tasted ». Le second vin de Peter est le Fleur de Pingus, tout aussi bien noté et apprécié par Big Bob. Mais le talent de Peter, c’est aussi la création de vin unique en quantité minimale. Ainsi la Cuvée Amelia : une seule barrique par millésime, soit moins de 300 bouteilles. Provenant d’une vigne de plus de 500 ans sur la Horra. Pour certains, un vin d’une autre planète ! Si La Ribera del Duero est sans doute l’une des plus anciennes régions viticoles d’Espagne, et même si certains vins de la Rioja et Ribera del Duero ont depuis longtemps une réputation et reconnaissance internationale, Pingus fut le premier à transcender la fabrication traditionnelle espagnole.
Alors Peter, Pingus appartient-il encore à la réalité ? Pingus est une étoile devenue la proie des grands collectionneurs, son prix ayant atteint la stratosphère.
Je laisse le talentueux play-boy de Quintanilla pour regagner Madrid sans mon GPS qui n’a plus de batterie. « Very happy to met you Patricia, please do not hesitate to call me on my mobile if you are lost ! » I will, for sure, Peter.
Patricia Lepic
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